À Montfort, les simulations de Code Bleu in-situ permettent aux équipes de se préparer à différentes situations d’urgence, directement là où les soins sont prodigués. Elles ont également un second objectif, tout aussi important : former la prochaine génération de professionnels de la santé grâce à un apprentissage pratique et expérientiel.
Récemment, le département de santé mentale a collaboré avec les éducateurs en simulation de l’Institut du Savoir Montfort pour concevoir un scénario adapté à la santé mentale. Le cas impliquait un adulte d’âge moyen admis pour une dépression sévère et des idées suicidaires, découvert inconscient à la suite d’un événement de pendaison dans une chambre, déclenchant un Code Bleu.
L’exercice a réuni un nombre record de 31 participants, incluant à la fois le personnel et les apprenants, et a permis un apprentissage allant bien au-delà des compétences techniques. Infirmiers, éducateurs cliniques, membres du personnel interprofessionnel et apprenants ont travaillé côte à côte, soulignant le rôle de Montfort en tant qu’hôpital universitaire où l’éducation et l’excellence clinique sont intimement liées. L’exercice a permis d’identifier les risques spécifiques à l’unité, de clarifier les rôles et d’améliorer la communication interprofessionnelle sous pression, des compétences essentielles tant pour les cliniciens expérimentés que pour ceux en formation.
Pourquoi pratiquer le Code Bleu en santé mentale ?
Les urgences en santé mentale peuvent être rares, mais lorsque cela se produit, chaque seconde compte. Sans exposition régulière, les équipes, y compris les apprenants, peuvent perdre confiance dans la coordination rapide et efficace des interventions. La simulation in-situ offre des solutions puissantes : pratiquer dans l’environnement de soins réel, avec le matériel réel et des équipes réelles, permet aux participants de développer ensemble mémoire musculaire, conscience situationnelle et jugement clinique. L’importance est claire. Selon Statistique Canada, plus de cinq millions de Canadiens âgés de 15 ans et plus vivaient en 2022 avec un trouble de l’humeur, anxieux ou lié à l’usage de substances, et environ 12 personnes se suicident chaque jour. Préparer les équipes en santé mentale, cliniciens d’aujourd’hui et professionnels de demain, à des événements rares mais potentiellement mortels est essentiel pour offrir des soins sûrs et compatissants.
Les urgences en santé mentale nécessitent également une sensibilité accrue : une réponse tenant compte du traumatisme, qui priorise la sécurité et le bien-être des patients, du personnel et des apprenants.
Un scénario haute fidélité qui soutient l’apprentissage
Avant la simulation, les responsables du département de santé mentale ont tenu un pré breffage structuré, incluant le personnel et les apprenants. Les rôles, l’environnement et les attentes ont été revus, et la sécurité psychologique a été soulignée. Les participants ont été informés à l’avance de la nature du scénario (un cas de pendaison), l’élément de surprise n’étant pas un objectif pédagogique. Le pré breffage a également abordé la sécurité physique, rappelant que déplacer seul un patient ou un mannequin, même dans des moments de stress, peut entraîner des blessures.
Les apprenants ont participé activement au scénario, notamment en jouant le rôle de « témoin », en observant la dynamique de l’équipe et en soutenant les tâches cliniques sous supervision. Cette implication directe leur a permis de vivre de première main le déroulement des interventions d’urgence dans un espace clinique réel.
Le scénario s’est ensuite déroulé en temps réel dans l’unité : une infirmière a découvert le patient, a activé le Code Bleu, et l’équipe d’intervention est arrivée dans des conditions authentiques. Les preuves montrent que ce type de simulation in-situ permet de déceler des menaces latentes pour la sécurité, telles que l’accès au matériel, la disposition des chambres, l’alimentation électrique et les contraintes d’espace, des enseignements bénéfiques tant pour la sécurité des patients que pour la formation.
Débriefing pour compétences, systèmes et apprentissage
Les facilitateurs de Montfort ont dirigé deux sessions de débriefing structurées pour maximiser l’apprentissage de tous les participants. La première a réuni l’équipe complète de Code Bleu, les infirmières de l’unité et les apprenants, et s’est concentrée sur la communication, la clarté des rôles, la logistique et le travail d’équipe. La seconde, principalement avec les infirmières en santé mentale, a permis une réflexion plus approfondie sur les flux de travail spécifiques à l’unité et sur la prise en charge des soins.
Les apprenants ont été encouragés à partager leurs observations et questions, renforçant la pratique réflexive comme compétence académique essentielle. Les retours ont souligné l’intérêt de cette approche. « Cela vous fait réfléchir : que feriez-vous dans cette situation, quel est votre rôle et celui des autres ? » a partagé l’infirmière Odile Thérèse Tefouet Ngueko.
La communication est essentielle.
L’éducateur clinique Rabens Fenton a noté : « C’est un rappel pour l’équipe, cela incite à la réflexion », un sentiment partagé par les apprenants qui ont apprécié voir la théorie appliquée en pratique.
Bien plus qu’un exercice technique
L’expérience de Montfort montre que la simulation est bien plus qu’un exercice technique ; elle constitue un pilier de la sécurité des patients et de la formation académique. En pratiquant dans des environnements réels, des équipes mixtes de personnel et de apprenants détectent les risques cachés, renforcent la communication et gagnent en confiance dans des moments de forte pression. L’intégration de soins tenant compte du traumatisme et de la participation des apprenants rend ces exercices encore plus pertinents.
Pour l’équipe de santé mentale et les apprenants, ce n’était pas qu’un exercice : c’était un investissement dans des soins plus sûrs et coordonnés aujourd’hui, et dans des professionnels mieux préparés pour demain.
Un grand merci à tous les participants, personnel et apprenants, et tout particulièrement aux éducateurs en simulation de l’Institut du Savoir Montfort, dont l’expertise et la créativité ont rendu cette expérience à la fois cliniquement significative et enrichissante sur le plan académique.

















