C’est l’article qui m’est le plus personnel à date.

Écrire, c’est mot pour mot dans ma description de tâche. J’ai publié des dizaines d’articles au fil des années. Pourtant, je n’ai jamais autant réfléchi à la rédaction d’un texte.

Est-ce que c’est le bon moment ? Pour la cause, ce le sera toujours.

Est-ce que je suis la bonne personne pour le faire ? Bonjour le syndrome de l’imposteur ! Certes, je ne peux représenter la communauté LGBTQ2S+ en entier ; ma perspective est subjective, étant gai et queer, mais aussi homme et blanc.

Mon conjoint Nicolas (à droite) et moi, lors d’un voyage aux Pays-Bas

Surtout, pourquoi je le fais ? C’est la question à laquelle j’ai eu le plus de mal à trouver une réponse ; réponse qui est assurément nuancée.

D’abord, parce que j’ai une tribune que plusieurs n’ont pas, et que ma voix peut servir à la cause, à mettre en lumière la communauté.

Aussi, parce que si, grâce à ce texte, je peux servir d’exemple, d’inspiration pour quiconque pourrait en bénéficier, j’aurai alors offert à ces personnes ce que j’aurais aimé recevoir à une autre période de ma vie – un exemple plus concret qui démontre qu’il est possible d’exister, une figure qui soit plus près de la communauté que les quelques stéréotypes véhiculés dans l’espace public, du moins à cette époque.


On célèbre le Mois de la fierté en juin depuis plusieurs années maintenant. D’abord une marche commémorant le premier anniversaire des émeutes de Stonewall – la Christopher Street Liberation Day March – la Fierté a depuis gagné en confiance et en envergure, pour devenir un mois de célébration.

Au Canada, on pense souvent au ralliement We Demand comme étant l’événement historique comparable, qui symbolise le passage d’un avant à un après pour la communauté LGBTQ2S+. Cette année, on célèbre le 50e anniversaire de ce ralliement.

La fierté, surtout, c’est un état d’esprit, une façon d’être, de vivre pleinement qui l’on est, et de partager cette expérience avec une communauté riche de sa diversité.

En relisant les 10 demandes de ce mémoire de 1971, je constate à quel point les droits et les libertés de la communauté ont évolué, en quelques décennies. Par exemple, le Canada a été parmi les premiers pays à légaliser le mariage entre conjoint·e·s de même sexe, en 2005.

Cela dit, ce constat me rappelle aussi que même si certain·e·s d’entre nous sont privilégié·e·s, il reste considérablement de chemin à faire pour que l’ensemble de la communauté puisse s’épanouir. Pour reprendre les mots de We Demand : « si on refuse la liberté à une minorité, tous les citoyens sont brimés. »

C’est en 2016, pour la première fois, qu’un premier ministre canadien en fonction a participé à un défilé de la Fierté.

Que ce soit pour les gens qui continuent d’être opprimés à cause de leur différence ici même, dans une nation où l’on débat encore sur les thérapies de conversion et où l’on ne peut donner du sang au même titre que d’autres…

…ou pour ces humains qui luttent pour le droit d’exister ailleurs dans le monde, où des politiques rétrogrades vont jusqu’à rendre l’homosexualité passible de peine de mort ; nous sommes encore au front. C’est un triste rappel de ne rien tenir pour acquis.

Je nous souhaite, à la communauté LGBTQ2S+ et à toutes celles et ceux qui s’identifient à une communauté minoritaire, de pouvoir vivre pleinement notre identité. Nous sommes pluriel·le·s plus que jamais auparavant et c’est ce qui fait notre richesse.

Soyons fier·è·s d’être, et d’ainsi servir d’exemple et d’inspiration à celles et ceux qui en ont soif. Soyons aussi allié·e·s pour celles et ceux qui peuvent en bénéficier. C’est à force d’être solidaires, individuellement et collectivement, qu’on arrivera ensemble à créer un monde où il fait bon vivre ensemble, parce que l’amour aura triomphé.


Quelques ressources…

Martin Sauvé
Martin est conseiller avec l'équipe des communications à Montfort depuis 2014. Quand il n'est pas en train d'écrire pour le Journal Montfort, il est surement en train de visionner en rafale une série sur Netflix, ou d'explorer un quartier branché de la ville – ici ou ailleurs...