Pour nos bénévoles, un timide début de déconfinement

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Photo : Étienne Ranger, LeDroit

Les temps sont durs : tel est le refrain que nous entendons partout depuis plus de deux mois ; les temps sont durs et ils n’épargnent pas la communauté des bénévoles de Montfort.

Nous voici confinés chez nous depuis le mois de mars. Ce confinement signifie que nous ne pouvons plus vaquer à nos occupations habituelles.

Comme tout le monde, nous avons fait du ménage, nous avons cuisiné, nous avons attendu religieusement les apparitions quotidiennes des différents premiers ministres à la télévision… Puis, n’en pouvant plus de la solitude, nous avons skypé nos amis et nos proches, nous avons zoomé, nous avons souri en les voyant à l’écran, nous avons eu les larmes aux yeux en y voyant nos enfants et nos petits-enfants…

Bref, nous avons vécu les difficultés d’une bonne partie de la population. Cependant, nous avons eu à relever des défis plus particuliers.

La communauté des bénévoles est surtout composée de personnes retraitées… Quelquefois il s’agit de personnes seules et cela redouble les difficultés pratiques de la vie quotidienne… Ainsi, certaines d’entre elles peuvent trouver difficile d’effectuer virtuellement leurs transactions bancaires ou de faire leur épicerie.

Mais il y a encore plus, et surtout, le sentiment d’isolement, l’usure psychologique et émotive.

Les autorités ont commencé à parler d’un début de déconfinement. Ceci nous permet d’entrevoir les premières lueurs de la lumière au bout du tunnel. Quand la météo est propice, nous pouvons sortir, pour faire prudemment le tour de quelques rues dans notre voisinage, tout en respectant les consignes de sécurité… Mais même là, quelques difficultés demeurent : certains bénévoles vivent dans des résidences qui ne permettent de quitter le terrain de la propriété qu’à la condition de faire une quarantaine de 14 jours au retour.

Enfin, nous ressentons peut-être plus que d’autres la difficulté, j’allais dire la souffrance, de ne plus pouvoir vaquer à nos tâches de bénévolat…

Pour beaucoup d‘entre nous, ce service est au cœur de notre vie, il lui donne une saveur différente, un sens particulier. Nous vivons difficilement l’impossibilité d’aller encourager les patients de l’hôpital, de les aider, de les rassurer, de faire éclore un sourire sur leur visage… de donner un coup de main au personnel soignant…

Il ne faut cependant pas croire que nous sommes tout à fait impuissants… Le Conseil d’administration de l’Association continue de se réunir, virtuellement bien entendu. Il tente de trouver d’autres moyens d’appuyer le personnel de la santé et il maintient un contact étroit avec le Service des bénévoles pour répondre à de possibles besoins adaptés à la situation actuelle.

Et puis, un jour, une idée a jailli : nous voulions témoigner à l’équipe de l’hôpital notre admiration, notre gratitude pour son inaltérable dévouement pendant la pandémie.

Cette idée a germé en un plan minutieusement planifié. Et dans l’après-midi du mercredi 27 mai, nous nous sommes mis en branle.

Nous étions près d’une cinquantaine à nous retrouver sur le terrain de stationnement du Musée de l’Aviation et, dans un défilé de voitures, nous nous sommes rendus sur le terrain de l’hôpital, précédés de la banderole de l’Association fièrement portée par deux bénévoles. Là, au son des klaxons, nous avons agité mille pancartes pour dire au personnel nos remerciements et notre reconnaissance, tout en tapant sur des casseroles et en criant des slogans.

Plusieurs employés, incluant le Dr Bernard Leduc, sont alors sortis de l’hôpital pour nous dire merci, nous sourire, nous manifester leur reconnaissance… et certains médias de la région ont souligné l’événement : la radio Unique FM nous a accordé une entrevue en direct et le journal LeDroit a titré que les bénévoles étaient « les orphelins » de Montfort.

Le confinement des bénévoles aura été difficile, mais le défilé aura été pour nous un timide début de déconfinement.

Nous avons pu nous voir et nous retrouver physiquement, nous avons vécu dans nos émotions notre appartenance à la grande famille de Montfort

Et soudain, cette amorce de déconfinement a pris pour nous les couleurs de l’arc-en-ciel de nos valeurs : le service, l’ouverture aux autres, la disponibilité du sourire et de l’aide, surtout auprès de celles et ceux qui souffrent…

Adèle Copti-Fahmy
Adèle est bénévole à Montfort depuis 2007 et présidente de l’Association des bénévoles depuis 2015. Voyager, lire, chanter et faire du petit point font partie de ses passe-temps préférés. Elle aime aussi réunir famille et amis autour d’un bon repas, et ses pâtisseries font les délices de tous ceux qui y goûtent.