À l’occasion de l’Halloween, nous avons demandé à quelques personnes de nous raconter leurs « histoires de peur » en lien avec Montfort. Vous ne regarderez peut-être plus certains corridor de la même façon. Nous préférons vous en avertir…

La cloche de la chambre 22

Ça s’est passé autour de 1996. Je travaillais en médecine, au 5C. Dans ce temps-là, les postes des infirmières étaient au milieu de chaque unité, donc dans le milieu de chaque côté maintenant. Du côté Est, c’était médecine, au Nord, les soins intensifs, et à l’Ouest, l’ancienne pédiatrie des années 70, qui n’était plus utilisée. On y reviendra…

La nuit, on était deux infirmières pour 24 patients. On était très proches. Cette nuit-là, c’était moi et Claudette.

Un moment donné, il y avait une cloche qui sonnait dans la chambre 22. On s’est regardées… il n’y avait pas personne dans cette chambre-là.

On est arrivée à la chambre. C’était vide, comme on s’y attendait. On a éteint la cloche et on est retourné au poste.

La cloche s’est remise à sonner.

On est retourné à la chambre. Là, on se tenait main dans la main, avec la flashlight. On a ré-éteint la cloche, et on est revenue au poste.

La cloche s’est remise à sonner.

Toute la nuit. Dès qu’on revenait au poste, la cloche sonnait, dans la chambre vide.

Le lit de la chambre 22 est resté vide toute la nuit, mais chaque fois qu’on rentrait pour éteindre la cloche, on aurait dit qu’on était de moins en moins seules…

On peux encore retrouver une pièce portant le numéro 22, dans le fond d’un couloir de l’hôpital.

Fermé à clé

Ce soir-là, un patient était décédé. Puisqu’on venait d’être bumpées — on arrivait de chirurgie — les décès, c’était pas trop dans nos cordes…

Aujourd’hui, les infirmières constatent les décès, mais dans ce temps-là, la coutume était d’appeler l’urgentologue pour qu’il vienne constater le décès. Alors, on attendait que l’urgentologue arrive.

Le patient du lit d’à côté était assis dans le corridor. Il ne voulait plus rentrer dans sa chambre tant que le patient décédé y était.

C’est là que Claudette a une idée. On allait déplacer le patient décédé dans une autre chambre, pour permettre au monsieur de retourner dans sa chambre et (d’essayer) de dormir. On trouvait que c’était une bonne idée, mais il fallait trouver quelque part où installer le patient décédé!

Souvenez-vous de l’ancienne pédiatrie des années 70, qui n’était plus utilisée… on allait l’amener là ! Comme ça, ça ne dérangerait pas les autres patients.

On trouve un local, on sort les meubles, les chaises pour faire de la place. Une fois la pièce vidée, on repart chercher le patient.

On roule le lit, avec le patient décédé, d’un bout à l’autre de l’unité. On sort de médecine, on rentre en pédiatrie, et on laisse le patient décédé dans la pièce. Là, on se dit qu’on devrait barrer la porte… question de respect, et pour éviter que quelqu’un tombe sur un mort sans s’y attendre !

On barre la porte. La nuit continue, on fait nos affaires. L’urgentologue finit par arriver, à 2 h 30 du matin, pour constater le décès.

Il faut qu’il voie le patient… mais on ne trouve plus la clé !

Fouille l’unité d’un bout à l’autre, cherche la clé… introuvable. Elle n’était nulle part !

Il a fallu appeler le gardien de sécurité pour qu’il débarre la porte, et lui expliquer qu’on avait embarré un patient défunt…

Et la fameuse clé ? On ne l’a jamais retrouvée.

Côte à côte

On venait d’ouvrir le 4 Sud (maintenant le 4A). L’unité était flambant neuve.

Ce jour-là, il y avait eu un code dans la dernière chambre au bout de l’unité. La dame avait fait un arrêt cardiaque en allant à la salle de bain. On avait tenté de la réanimer… compressions, médicaments, « toute le kit », mais sans succès. On avait donc remis madame dans son lit, pour que la famille puisse venir la voir.

La famille arrive, pour constater que leur mère, elle va très bien ! Dans l’énervement, on avait appelé la mauvaise famille ! On avait annoncé le décès à la famille de la patiente du lit d’à côté.

Évidemment que leur mère allait bien, c’était sa voisine de chambre qui était décédée, pas elle…

Là, on s’excuse à profusion à la famille, et on appelle la (bonne) famille de la dame décédée.

Entre temps, l’infirmière passe et aperçoit une bénévole assise au chevet de la défunte patiente, en train de lui flatter la main.

Elle s’approche pour lui dire que madame est décédée… ce à quoi la bénévole répond que non, elle ne l’est pas. L’infirmière rétorque que oui, qu’on a un constat de décès signé, que la famille s’en vient…

La bénévole insiste que la dame est toujours en vie. La preuve : elle respire, elle ouvre les yeux !

Les manœuvres de réanimation et les médicaments avaient fini par faire effet, et madame était revenue à la vie…

Je ne savais plus où j’étais

Un matin, au début de mon quart de travail, j’ai demandé à une patiente si elle avait passé une bonne nuit.

Elle m’a pris la main, l’a serrée bien fort, et m’a dit que non, pas vraiment, et qu’elle était assez contente de me voir.

Je lui ai demandé ce qui s’était passé pour qu’elle soit dans un tel état. Elle m’a raconté que toute la nuit, elle ne savait pas où elle était, elle entendait des voix qu’elle ne comprenait pas, et elle voyait des silhouettes dans la noirceur.

Elle avait eu tellement peur.

On a réalisé que madame avait du mal à voir dans le noir. Les silhouettes aperçues étaient celles des membres de l’équipe de nuit, et ces personnes se parlaient parfois entre elles dans une langue que la patiente ne comprenait pas.

Ça, c’est épeurant !

Martin Sauvé
Martin est conseiller avec l'équipe des communications à Montfort depuis 2014. Quand il n'est pas en train d'écrire pour le Journal Montfort, il est surement en train de visionner en rafale une série sur Netflix, ou d'explorer un quartier branché de la ville – ici ou ailleurs...