Pierre Gétho Casseus : la vie d’un coordo de nuit

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Pierre et Jannick Langlais, facilitatrice de soins à l'Urgence

Originaire de Haïti, Pierre Gétho Casseus, coordo de nuit à Montfort, est arrivé au Canada avec sa femme en 2007. Ce dentiste de formation est ensuite retourné sur les bancs d’école en sciences infirmières. Parcours d’un coordo-extraordinaire.

Né à Haïti, Pierre a été diplômé en médecine dentaire en 2003. Responsable d’une clinique qui lui tenait à cœur, il a malgré tout choisi, avec sa femme, de quitter le pays pour venir refaire sa vie au Canada.

Fraîchement débarqués à Montréal, où ils ont passé deux semaines, Pierre et sa femme mettent le cap sur Ottawa pour commencer leur nouvelle vie. Malgré une bonne planification, la réalité les a frappé de plein fouet une fois arrivés. Louer un appartement ou acheter une maison sans avoir d’historique de crédit canadien est particulièrement compliqué. Fort heureusement, un ami qui venait d’acheter une maison leur sous-loue son appartement, ce qui leur permet de s’établir.

Pierre s’inscrit à l’école pour devenir assistant dentaire. Après tout, il connaît déjà bien le domaine et son intention et de travailler pour ensuite un jour aller passer l’examen pour devenir dentiste au Canada. Dans une classe d’une vingtaine de personnes, il est le seul homme à graduer. Après son stage, qu’il fait à la Défense, il peine à trouver un poste.

Lui qui espérait un jour reprendre sa pratique comme dentiste, il doit faire face à la réalité… il devra choisir un autre parcours. Un ami lui avait déjà parlé des sciences infirmières. À ce moment, ça ne l’avait pas vraiment intéressé, mais voyant que la vie prenait une tangente imprévue, Pierre décide de se lancer. Il s’inscrit à l’Université d’Ottawa en sciences infirmières. Alors que dans son cours d’assistant dentaire, ils n’étaient que deux hommes au départ (son collègue ayant abandonné avant la fin), ils sont quelques-uns à vouloir devenir infirmiers.

Pierre en discussion avec une technicienne en tomographie.

En 2011, durant ses études, il travaille comme préposé aux bénéficiaires… à Montfort. C’est d’ailleurs l’aspect linguistique francophone qui l’a attiré ici. Il a fait la plupart de ses stages à Montfort, sauf quelques-uns qu’il a faits au campus General de L’Hôpital d’Ottawa. Il obtient son baccalauréat en sciences infirmières en 2013 et après son HFO, qu’il fait à Montfort, il obtient un poste au 3C.

Sa flexibilité lui a permis de bouger et de travailler un peu partout ailleurs dans l’hôpital. Mais son cœur était au 3C et il est devenu chef d’équipe de nuit durant presque deux ans.

Une opportunité s’ouvre et un poste de coordonnateur de nuit s’ouvre. Après discussion avec sa femme, il décide de prendre le poste.

Avec de jeunes enfants, travailler de nuit avait du sens pour notre famille.

Comme sa femme travaille de jour et qui lui travaille de nuit, il y a tout le temps un parent pour s’assurer que les enfants sont bien. Aujourd’hui, Noah et Tahina sont âgés de 11 et 10 ans et comprennent que lorsque papa dort, on le laisse dormir! À moins qu’il n’y ait une urgence, bien entendu.

Avec le temps, il a développé un réel goût pour cette vie généralement atypique. Pour lui, la journée commence lorsque celle de la plupart d’entre nous se termine.

Un avantage de travailler de nuit?

Moi quand je vais en Europe, je n’ai pas de problème de jet lag!

Et en travaillant de nuit, il a l’occasion de passer du bon temps avec ses enfants. Il les prépare pour l’école, déjeune avec eux, puis lorsqu’ils quittent, c’est le temps pour lui de se mettre au lit. À leur retour de l’école, Pierre est là et passe plusieurs heures avec eux. Lorsqu’il part travailler, les enfants dorment déjà à poings fermés.

Au fait, un coordo, ça fait quoi?

Un coordo, c’est un peu comme un chef d’orchestre. À lui seul, Pierre remplace plus d’une dizaine de gestionnaires qui travaillent normalement de jour. Alors que la plupart d’entre nous croient, à tort, que l’hôpital s’endort la nuit venue, Pierre m’assure que ce n’est pas le cas. Certes, il y a moins de monde qui travaille (et donc moins de bruit), ce qui aide les patients à dormir, mais le personnel doit tout de même composer avec toutes sortes de circonstances.

Les nuits se suivent, mais ne se ressemblent pas. Sa job, c’est de gérer les urgences dans toutes les unités. S’il manque une infirmière, dans un département, il en trouve une sur un étage ou fait des appels.

Durant notre courte rencontre (Pierre a réussi à me consacrer une heure), son cellulaire a sonné cinq fois. Chaque fois, il répond avec le même sourire dans la voix, écoute les demandes, prend des notes, puis donne quelques directives avant de raccrocher. Notre rencontre tire à sa fin, il doit retourner s’occuper de ses équipes.

Avant de partir, qu’est-ce que les gens devraient retenir de Pierre, le coordo-extraordinaire?

J’essaie toujours de donner le meilleur de moi-même pour que lorsque je quitte le travail, je parte l’esprit tranquille.

Julie Marinier-Desjardins
Julie est conseillère pour l’équipe des communications à Montfort depuis juin 2019. Lorsqu’elle a du temps libre (ce qui est assez rare), elle aime parfaire ses compétences culinaires, courir (parfois pour rattraper le temps perdu) et voyager.