Mettre les bouchées doubles pour la sécurité des patients

445

Comment s’assurer que la nourriture que nous offrons à un patient soit quelque chose qu’il est capable d’avaler?

Depuis janvier 2019, les orthophonistes et le service de nutrition travaillent d’arrache-pied afin de mettre en œuvre le « International Dysphagia Diet Standardization Initiative » (IDDSI) à Montfort.

Le IDDSI est un projet de standardisation dont le but est de développer une nouvelle terminologie universelle, tout en offrant des définitions claires pour décrire les aliments de textures modifiées et les différentes consistances de liquides utilisés comme méthode d’intervention auprès de gens ayant des difficultés à avaler.

Depuis plusieurs mois, nous travaillons en équipe pour évaluer les aliments et les liquides offerts à nos patients. On doit entre autres reclassifier chaque aliment offert pour s’assurer qu’il rencontre les standards de l’IDDSI.

Tableau IDDSI

Par exemple, un aliment haché (niveau 5) doit être moelleux et haché, donc 4 mm ou moins pour un adulte, et doit passer entre les dents d’une fourchette. Les solides qu’on retrouve sur un niveau 6 consistent de petites bouchées molles qui ne sont pas plus grosses que 1,5 cm x 1,5 cm et doivent être facilement écrasables avec une fourchette. Le pain et les textures mixtes tels que les céréales froides et les soupes avec morceaux ne sont pas permises avec cette diète.

En plus de cette vérification des aliments, nous avons aussi mis les bouchées doubles pour éduquer notre équipe et nos collègues. Passant d’abord par la pratique professionnelle, nous avons offert des formations en lien avec l’optimisation de PCS (MEDITECH), pour offrir les informations pertinentes au personnel infirmier et aux autres professionnels de la santé.

Nous avons aussi fait une présentation aux médecins de famille en avril et il nous reste maintenant à former les commis, car c’est eux qui inscrivent les ordonnances écrites dans MEDITECH.

Il est important de noter que ce changement ne touche pas seulement les équipes de diététistes et d’orthophonistes.

Annick Côté et Meghan Campeau

Par exemple, pour assurer la sécurité du patient, l’infirmière qui offre une collation du réfrigérateur sur l’unité se doit de savoir que seuls les patients sur une diète de niveau 7 (régulière) peuvent avoir du pain ou bien les biscuits secs.

Quant à eux, les médecins doivent également se familiariser avec les changements de terminologie puisqu’ils sont souvent appelés à prescrire des modifications de texture ou de consistance de liquide pour nos patients aux prises avec des difficultés d’avalement.

Des affiches seront également placées sur les réfrigérateurs des unités de soins pour aider le personnel à bien choisir un aliment ou une boisson qui correspond à la diète du patient.

Bien que la participation à cette initiative soit volontaire, elle est fortement recommandée par Orthophonie et Audiologie Canada, la Canadian Society of Nutrition Management et Les diététistes du Canada. Après avoir lu le cadre de référence de l’IDDSI, nous avons décidé que cette initiative basée sur les faits probants et les évidences scientifiques serait très bénéfique pour nos patients, leurs familles et les professionnels de la santé.

Dans mes 18 ans de carrière, j’ai travaillé dans différents milieux hospitaliers et chaque institution avait sa propre feuille explicative dans laquelle le contenu pouvait varier. Nous prévoyons que l’IDDSI aidera à assurer la sécurité des patients surtout quand ils sont transférés d’une institution à une autre, parce qu’on parlera tous le même langage.

Pour les orthophonistes et les diététistes, ce sera plus facile d’expliquer les diverses textures aux patients et à leurs proches. Les dépliants explicatifs qui viennent avec le programme, et qui sont disponibles en plusieurs langues, expliquent clairement comment modifier les textures selon le niveau prescrit et comment mesurer la viscosité des liquides. En améliorant l’éducation et en ayant des critères plus faciles à comprendre, je m’attends à ce que les patients puissent mieux suivre les recommandations qu’on leur fait, améliorant ainsi leur sécurité et leur santé.

Bravo à l’équipe d’orthophonie et du service de nutrition pour la mise en œuvre de cette initiative et merci à tous nos collègues pour leur collaboration!

Annick Côté
Annick est orthophoniste à Montfort depuis 2011 et chef d’équipe en orthophonie par intérim depuis 2017. Dans ses temps libres, elle coordonne les activités pour ses trois enfants âgées de 3 à 6 ans. Son tout nouveau passe-temps est la décoration sur ongles « Nail art ». Sinon, elle aime bien le scrapbooking, le confection de gâteau de faire et la couture.