Le monde des soins intensifs n’a jamais autant fait parler de lui que dans les derniers mois, alors que des gens de partout avaient les yeux rivés sur la pandémie de COVID-19. Pour nous, qui travaillons dans un hôpital au quotidien, ça peut sembler banal… mais on aurait tort de sous-estimer cette équipe, qui a su faire face à l’inconnu à grand coup d’innovation et d’entraide. Rencontre avec trois intervenants du terrain : Dre Bernadett Kovacs, Renée Gagné et Annik Ménard.

Changement

« Beaucoup de choses ont changé pour nous, depuis que la pandémie a été déclarée, » lance Dre Kovacs, chef des Soins intensifs. « Les patients sont plus malades, c’est plus exigeant », ajoute Renée, l’éducatrice clinique du secteur. « Toutes les techniques qu’on utilise, on peut en avoir besoin pour un même patient », explique Annik, la gestionnaire de l’unité. « On pouvait être trois infirmières pour un patient dans certains cas — en temps normal, c’est plutôt une seule. »

« J’EN ai VÉCU BEAUCOUP EN 39 ANS, MAIS JAMAIS COMME ÇA, JAMAIS AUSSI SOUTENU ! JE N’EN CROYAIS PAS MES YEUX. »

Renée Gagné

Des services thérapeutiques à l’informatique clinique, en passant par la pharmacie, les porteurs et les thérapeutes respiratoires, l’expertise de tout le monde a été mise à profit… et le défi était de taille ! Les façons de faire ont été chamboulées, du passage en mode « protégé » pour tous les codes bleus, aux changements apportés au modèle de soins, en passant par de nouveaux protocoles d’intubation et d’oxygénation.

Tout ça avec un objectif commun : sauver des vies.

Francine Coelho, infirmière et Jean-Robert Pinard, préposé aux bénificiaires. Archives.

Compassion

Sauver des vies, mais en n’oubliant pas l’humain pour autant. Comme l’explique Dre Kovacs, « nous avons toujours été fiers d’être centrés sur le patient et ses proches, mais c’est devenu très difficile ces derniers mois, compte tenu des restrictions de visites et des exigences de quarantaine nécessaires. » Pour aider les familles, l’équipe a eu recours à la technologie. « Grâce à l’utilisation d’iPads, nous avons fait en sorte que les proches puissent passer du temps en famille virtuellement et se sentir présents, même à distance », explique-t-elle.

L’équipe des Soins intensifs, applaudissant un patient lors de son départ de l’unité.

Dre Kovacs raconte également une initiative de l’équipe, remplie de compassion : « Nous avons pris des dispositions spéciales pour qu’un couple, tous deux atteints de COVID-19, puisse partager une chambre et décéder ensemble, tandis que leurs enfants étaient à leurs côtés virtuellement. » Centrés sur la personne, même en temps de pandémie…

Innovation

« Montfort a toujours été à l’avant-garde au niveau de la prise en charge médicale des patients gravement atteints de COVID-19 », explique Dre Kovacs. La preuve : l’équipe a eu des réussites extraordinaires. « Nous avons effectué notre toute première trachéotomie au chevet, pour un jeune homme qui était intubé depuis plus de 24 jours », raconte-t-elle. « Il est maintenant décanulé, il poursuit sa physiothérapie, et son congé à la maison est prévu. »

Nous avons été le premier hôpital d’Ottawa à pratiquer une trachéotomie chez un patient atteint de COVID-19. Il s’agissait aussi de notre toute première trachéotomie au chevet, à Montfort.

« On avait envisagé une thérapie par ECMO (l’acronyme anglais de extracorporeal membrane oxygenation) pour ce patient », explique Dre Kovacs. « … mais grâce à des soins intensifs exceptionnels, il a pu éviter cette intervention et s’est rétabli de façon remarquable. »

Entraide

Du point de vue de Renée, « pour s’appuyer, il faut travailler en équipe ! » Il y eut une période plus stressante, certes. Beaucoup d’inconnu, « mais une fois qu’on a commencé à prendre soins des patients, on a vu qu’il y avait des similitudes. »

« Les infirmières sont incroyablement résilientes, » dit Annik, avec fierté. « C’est beau à voir qu’elles se sont épanouies dans tous ces changements. »

« On avait l’impression qu’on se préparait à la guerre. »

Dre Kovacs
Charline, Tanya et Simon
Charline Dubois, Tanya Lapointe-Green et Simon Yelle, infirmières et infirmier aux Soins intensifs. Archives.

« Je n’ai que des sentiments de fierté et de gratitude pour mon équipe et mes collègues », ajoute Dre Kovacs. La collaboration et le respect qui règnent au sein de l’équipe y sont pour quelque chose. « Bien sûr, nous n’y serions pas parvenus sans nos infirmières, nos préposés aux bénéficiaires, nos médecins, nos thérapeutes respiratoires et notre équipe d’entretien ménager… mais aussi les autres départements, qui ont toujours été prêts à aider quand on en avait besoin. »

Si Dre Kovacs est reconnaissante de tous ces gens, sachez que c’est réciproque ! « Elle est devenue chef des Soins intensifs le 1er mars, » raconte Annik. « Elle a annulé un voyage pour rester avec nous. Elle nous a tous acheté une tasse “infirmière extraordinaire”. » Visiblement, on s’apprécie aux Soins intensifs, et c’est beau à voir !

Grandir

Bien que les derniers moins aient été durs, l’expérience a été formatrice et enrichissante. Comme le dit Annik, « si je pense à comment je me sentais au début, et à comment je me sens présentement, je n’en reviens pas qu’on a tout fait ce qu’on a fait ! »

L’unité des Soins intensifs se prépare encore à d’autres changements. « Nous voulons grandir davantage, être meilleurs et offrir plus de soutien à nos patients », dit Dre Kovacs. Allant de l’achat de nouveau matériel aux transformations physiques de l’unité, les idées ne manquent pas sur la liste de souhait de l’équipe.

Comme elle le dit si bien, « malgré le stress, l’incertitude et la peur de ce qui allait arriver, nous avons réussi et nous serons encore mieux préparés pour la deuxième vague. »

Martin Sauvé
Martin est conseiller avec l'équipe des communications à Montfort depuis 2014. Quand il n'est pas en train d'écrire pour le Journal Montfort, il est surement en train de visionner en rafale une série sur Netflix, ou d'explorer un quartier branché de la ville – ici ou ailleurs...