La cérémonie du ‘smudging’, maintenant au CFN

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Depuis quelques semaines, les parents qui accouchent à Montfort peuvent tenir une cérémonie de ‘smudging’, une pratique de purification commune à de nombreux peuples autochtones de « l’île aux tortues » (Amérique du Nord). Nous avons parlé à un de ces couples, Caitlin et Neal, après la naissance de leur première fille à Montfort.

La grossesse de Caitlin Corbett a été un peu longue, mais l’accouchement n’a pas été provoqué : « Nous voulions que notre fille arrive quand elle serait prête. » Lorsqu’elle a finalement perdu ses eaux, trois semaines plus tard que prévu, Caitlin est venue à Montfort avec son mari, Neal Shannacappo.

Extrait d'une bande dessinée
Extrait du livre If I go missing, illustré par Neal Shannacappo.

Caitlin est Canadienne d’origine hollandaise et irlandaise, et Neal est Nakawe – une branche du peuple Ojibwe – du Manitoba. Ils se sont rencontrés ici, à Ottawa.

Neal est fier de son héritage ; par exemple, les romans graphiques (graphic novels) qu’il publie mettent toujours en vedette des personnes autochtones. Tandis que Caitlin a grandi dans le système d’éducation canadien, « ce qui ne m’a rien appris sur la culture autochtone ».

Il était donc important pour eux d’accueillir leur fille d’une manière qui reconnaisse et honore ses racines autochtones. « Nous voulions que les premiers mots qu’elle entende ne soient pas en anglais ou en français, mais en Anishinabemowin; et même si c’était une césarienne, le personnel de l’hôpital était très accommodant « , se rappelle Caitlin.

Lorsque leur fille est née, Neal l’a accueillie en lui disant doucement, dans la langue de ses ancêtres : « Bonjour ma fille, je suis ton père Neal; voici ta mère Caitlin; tu es Aadizooke’ikwe, ce qui signifie ‘elle raconte une histoire sacrée’. Nous voulons te montrer comment vivre une bonne vie et nous t’aimons. »

« Nous sommes heureux que tu nous aie choisis pour être tes parents », a-t-il ajouté.

En effet, comme l’explique Neal : « Dans ma culture, nous croyons que pendant que le bébé est encore dans le monde spirituel, il choisit sa famille; il y a des enseignements que le bébé veut apprendre de ses parents, et des enseignements qu’il veut partager avec eux. Et je peux vous dire que j’ai déjà beaucoup appris ces dernières semaines « , ajoute-t-il en souriant.

Le lendemain de la naissance, alors qu’elle faisait ses rondes quotidiennes, France Morin, gestionnaire au Centre familial de naissance, a rencontré Caitlin et Neal. « Sur le t-shirt de Neal, il était écrit Go smudge yourself« , raconte France.

« Je leur ai demandé s’ils étaient intéressés par une cérémonie de smudging à l’unité des naissances et ils ont dit oui immédiatement. »

Un travail d’équipe a commencé immédiatement pour tout préparer. Il s’agissait de la deuxième cérémonie de smudging en quelques semaines pour le CFN, donc l’équipe avait déjà eu l’occasion de tester ses processus.

Ron Drummond de l’équipe des installations, ainsi que France Morin, Carolyn Crowley et Ann Salvador du CFN. L’équipe est prête à organiser la prochaine cérémonie de smudging!

« Nous avons besoin de quelques heures pour mettre les choses en place », explique France. « Le plus important, c’est que l’équipe des installations doit désactiver le système de ventilation de la pièce, sinon les gicleurs vont se déclencher et nous allons avoir un code rouge ! »

Gail Joly, une amie du couple, est allée chercher le matériel nécessaire à la cérémonie – une plume, une coquille mégis et le remède sacré – dans ce cas, de la sauge, bien qu’on puisse aussi utiliser du foin d’odeur et y ajouter du tabac et/ou du cèdre.

Lorsque les infirmières Karine Brazeau et Alexandra Brunner ont frappé à la porte de la chambre pour vérifier si tout était prêt pour la cérémonie de purification, Neal et Caitlin les ont chaleureusement invités à se joindre à eux.

« Je suis toujours intéressée à en apprendre davantage sur les différentes cultures et leurs rituels. »

Karine Brazeau, infirmière au CFN
Alexandra Brunner et Karine Gauthier, infirmières au CFN

« Le père du bébé a dirigé la cérémonie, il a expliqué que la purification peut être faite pour plusieurs raisons, comme une naissance, un événement spécial, une prière, ou pour calmer une dispute ou une discussion émotionnelle », explique Karine. « Le smudging peut servir à purifier l’esprit et dégager les énergies négatives des personnes présentes. Le nouveau-né a été purifié par son père, alors qu’elle était dans les bras de sa mère. »

Cérémonie de smudging avec de la sauge blanche. Source : Antefixus21

« C’est comme si on se nettoyait dans la fumée », explique Caitlin. « Par exemple, si vous vous ‘lavez’ les yeux avec la fumée, vous voyez les choses d’une manière positive, si vous vous ‘lavez’ la bouche avec elle, vous direz de bonnes choses… C’est apaisant, c’est un moment d’introspection. Chaque fois que je participe à une cérémonie de smudging, je me sens de plus en plus liée à cette culture de mon mari et de ma fille. »

« Pour moi, il y a aussi l’aspect de l’odeur de la sauge qui est agréable et paisible », ajoute Neal. « C’est calmant, ça vous recentre et vous ramène en équilibre. Et si vous le faites avec un groupe de personnes, la purification peut éclaircir l’air, surtout si les émotions sont à fleur de peau. »

Si les bébés choisissent leur famille pour leur apprendre quelque chose, nous pouvons être reconnaissants que Neal, Caitlin et Aadizooke’ikwe aient choisi Montfort, car cette famille nous a aussi appris quelque chose!

Une politique sur le ‘smudging’ sera lancée sous peu et les patients de toutes les unités de l’hôpital pourront demander ce rituel. De plus, si vous souhaitez mieux comprendre les cultures et les pratiques autochtones, une formation est offerte gratuitement à tous les membres du personnel; vous pouvez demander plus d’information à votre gestionnaire ou vous inscrire au SGA.

Geneviève Picard
Geneviève est directrice de l'équipe des communications à Montfort depuis 2014. Quand elle n'est pas en train d'écrire pour le Journal Montfort, elle est maniaque de lecture, adore le yoga, vient travailler en vélo mais seulement quand il fait beau, et ne fait jamais, jamais la cuisine.