Un premier roman pour Claire

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Son roman sur la vie secrète d’un trappeur du nord-est ontarien, sa participation à la lutte pour une école secondaire francophone à Sturgeon Falls, l’évolution de sa fierté comme franco-ontarienne et son rôle en tant que patiente-partenaire à Montfort : Claire Ménard-Roussy a beaucoup de chose à raconter.

« Je venais tout juste de commencer à travailler comme professeure de français à Pembroke quand mon futur mari, qui enseignait à Sturgeon Falls, a appris qu’un poste s’ouvrait dans son école secondaire. On s’est fiancés comme prévu, le 25 décembre 1968; trois jours plus tard, on s’est mariés; et le 3 janvier je commençais à enseigner le français à Sturgeon Falls. »

Originaire de Lancaster, un village à une centaine de kilomètres à l’est d’Ottawa, près de Cornwall, la jeune femme a plongé avec bonheur dans la vie de sa nouvelle communauté.

«  Venant d’une famille nombreuse, au début j’ai eu l’impression d’enseigner à mes frères et sœurs – j’avais seulement 22 ans alors que mes étudiants en avaient 17 ! »

« Ça a été un beau réveil pour moi. À Lancaster, environ 40 pour cent de la population était francophone – mais la vie du village se passait plutôt en anglais. »

À Sturgeon Falls, j’ai découvert la fierté d’être Franco-Ontarienne. »

La lutte pour une école secondaire de langue française

En effet, la population francophone de la région était en pleine expansion. À l’école secondaire, la Sturgeon Falls High School, 1200 des 1600 élèves étaient francophones.  « Mais tout se faisait en anglais », se rappelle Claire, « les appels à l’interphone, les annonces le matin, les réunions… Ça a commencé à brasser. » Selon plusieurs, l’environnement anglophone de l’école secondaire nuisait à l’épanouissement linguistique et culturel des jeunes francophones.

Avec le temps, la situation empire; les étudiants francophones en sont venus à dresser des lignes de piquetage devant l’école.

En septembre 1971, des élèves de la Sturgeon Falls Secondary School se mobilisent pour perturber les classes.
PHOTO : RADIO-CANADA

« On nous avait avisés qu’en tant qu’enseignants, on n’avait pas le droit de sortir.  Mais on allait visiter les jeunes pendant notre pause et on produisait un petit journal engagé, en dehors des heures de travail. »

Quant aux parents d’élèves, ils étaient eux aussi très actifs dans cette lutte; une certaine Denise Giroux, de River Valley, était la présidente du comité des parents. (Notez ce nom, car il va resurgir plus tard…)

Finalement, le 8 décembre 1971, le gouvernement annonce que les anglophones allaient avoir une école neuve et que l’école secondaire actuelle, rebaptisée Franco-Cité, allait être confiée aux francophones.

Les Francos de Sturgeon Falls avaient gagné leur cause.

Pour en savoir plus sur la crise de l’école secondaire de Sturgeon Falls, visitez le site du Centre de recherche en civilisation canadienne-française.

Un tournant vers l’écriture

Claire a enseigné pendant 22 ans à Sturgeon Falls puis elle a fini sa carrière à Ottawa. Elle est à la retraite depuis 20 ans.

Il y a quelques années, l’ancienne professeure de français a senti l’appel de l’écriture. Elle a commencé par de la poésie, des contes, des nouvelles. Les réactions de ses lecteurs étant positives, elle se met à la recherche d’un sujet pour un roman.

Claire se rappelle alors un article, paru en 1971 dans le journal de North Bay. Raoul Denonville avait été un trappeur et bûcheron, vivant une vie rude mais bien tranquille en bordure du village de River Valley. Cependant, la mort de Raoul avait révélé un lourd secret qui avait fait beaucoup de bruit à l’époque.

Même si l’histoire remonte à une cinquantaine d’années, Claire a confiance que des gens ayant connu Raoul Denonville sont encore en vie et pourront l’aider à reconstruire ce qui est arrivé.

Justement, Denise Giroux, l’ancienne présidente du comité des parents, se souvient très bien de Raoul puisqu’à l’époque, elle tenait le magasin général de River Valley. « Elle m’a mis sur la piste, a trouvé le nom de gens qui eux aussi ont pu me donner le nom d’autres témoins de cette histoire… En tout, j’ai trouvé 13 personnes-ressources! »

Extrait tiré du roman:

« Le docteur Patenaude, de retour au premier étage, leur confirma être au courant de ce qu’avaient constaté les infirmières. Le patient, Raoul Denonville, resterait dans cette chambre privée à l’étage des hommes et y serait soigné. Il leur rappela l’importance du respect humain et du secret professionnel. Il demanda à garde Robert de confier les soins de Raoul à quelques infirmières seulement, toujours les mêmes. Aucun visiteur ne devait entrer dans la chambre, sauf le père Bradley, curé de River Valley. Sur le petite carte placée à la tête du lit, on inscrirait simplement Raoul Denonville, rien d’autre. »

Claire passe le mois de septembre 2018 à faire des entrevues, retranscrire les témoignages et faire des suivis quand elle a de nouvelles questions.

Avec son mari, elle part ensuite s’installer pour l’hiver aux Iles-de-la-Madeleine : elle cherche un endroit tranquille pour écrire. Elle rédige pendant 50 jours d’affilée, ne prenant de pause que pour aller « marcher dans les grands vents des îles », sans arrêter d’écrire ni le samedi, ni le dimanche.

En plus de Raoul Denonville et des 13 témoins retrouvés, de nombreuses autres personnalités ayant vécu à River Valley et dans les alentours deviennent les personnages de son roman historique.

Au printemps, Claire envoie son manuscrit à deux maisons d’édition. Les résultats ne se font pas attendre : elle reçoit deux offres de publication en deux semaines!

Le 2 octobre 2019, la maison d’édition Prise de parole lance son roman Raoul, tu me caches quelque chose à Sturgeon Falls. Le lancement est un tel succès que dès le lendemain, la maison d’édition annonce qu’elle se prépare à imprimer des copies supplémentaires du roman.

Aider à écrire le futur de Montfort

Il y a quelques années, Claire est venue à l’urgence de Montfort. Elle n’a pu s’empêcher de comparer son expérience ici avec ce qu’elle avait vécu dans un hôpital en Espagne, où elle avait été très impressionnée par l’approche. « J’ai décidé d’écrire à l’administration en disant que j’aurais donc aimé voir quelque chose comme ça dans ‘notre’ hôpital francophone… Par la suite, on m’a téléphoné pour me demander si je voulais devenir patiente partenaire. »

Depuis, Claire Ménard-Roussy a notamment été impliquée dans la semaine de planification pour le Carrefour santé d’Orléans – une étape essentielle pour tracer le parcours des patients dans le futur établissement. Elle participe au groupe de travail sur la télémédecine ainsi qu’au un groupe de recherche sur le Centre d’excellence clinique (CEC) en gestion des maladies chroniques.

En ce moment, elle participe à la demande de subvention pour le CEC et elle s’engage à être impliquée dans ce projet pendant les quatre prochaines années.

« On m’a dit que ce ne serait pas trop prenant… Car je veux aussi me consacrer encore plus à l’écriture! »

Car Claire Ménard-Roussy n’a pas écrit son dernier mot.


Pour plus d’information sur le roman de Claire Ménard-Roussy, visitez le site de la maison d’édition Prise de parole. Le roman est en vente dans les librairies francophones d’Ottawa. Vous pouvez également contacter Mme Ménard-Roussy directement en écrivant à roussyclairejeanne (a) yahoo.ca. Elle se fera un plaisir de vous apporter à Montfort une copie dédicacée de son roman.

Geneviève Picard
Geneviève est directrice de l'équipe des communications à Montfort depuis 2014. Quand elle n'est pas en train d'écrire pour le Journal Montfort, elle est maniaque de lecture, adore le yoga, vient travailler en vélo mais seulement quand il fait beau, et ne fait jamais, jamais la cuisine.