Être accompagnées, pour mieux accompagner

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Pascale Bernier et Jocelyne Albert

La semaine nationale de la santé mentale approchant à grands pas, il n’y a pas meilleur moment pour partager avec vous l’arrivée d’un projet pilote en santé mentale !

En 2017, le gouvernement annonçait qu’un nouveau programme allait voir le jour, soit le Ontario Structured Psychotherapy (OSP) Program. Basé sur le modèle d’un programme déjà offert en Angleterre, ce nouveau projet a comme objectif de raccourcir les listes d’attente pour des services de psychothérapie et de prévenir l’augmentation des symptômes d’anxiété et de dépression, dans le but d’éviter une progression de la maladie et/ou une hospitalisation.

Pour y parvenir, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée a octroyé des fonds aux quatre hôpitaux psychiatriques de la province, soit le Royal Ottawa Healthcare Group, CAMH, Ontario Shores Centre for Mental Health Sciences et Waypoint Centre for Mental Health Care. Chaque hôpital psychiatrique voit à ce que le projet soit mis en place dans sa région respective, et ce, à travers des partenariats avec d’autres établissements de santé, tel Montfort.

Jocelyne Albert et moi-même sommes les premières à mettre ce projet en place au sein de notre hôpital et à être certifiées par OSP.

Quand ma gestionnaire m’a offert l’opportunité de suivre cette formation, j’étais vraiment excitée et reconnaissante, puisque c’est une formation qui est quand même difficile d’accès et cela représente beaucoup sur le plan professionnel.

J’étais intéressée à suivre cette formation puisque l’approche cognitivo-comportementale est une des approches les mieux soutenues par la recherche pour le traitement de la dépression et des troubles anxieux, et de plus ça me donne la chance de travailler côte à côte avec la psychologue fondatrice de l’institut de thérapie cognitivo-comportementale d’Ottawa.

Pour Jocelyne, « ce genre d’intervention s’ajoute à celles que nous avons déjà dans nos boites à outils pour la psychothérapie. Ça nous permet d’offrir des services à des clients qui consultent pour des problématiques variées. »

Pour se préparer, elles ont tous deux complété huit mois de formation intensive en thérapie cognitivo-comportementale (communément appelé CBT) à l’Hôpital Royal.

La thérapie cognitivo-comportementale est un type de thérapie axée sur le changement, basée sur les données probantes, et qui met en valeur l’analyse de l’interaction entre quatre composantes : les comportements, la physiologie, les cognitions et les émotions.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’était l’attention que Jocelyne et moi avons reçu de la part des deux psychologues qui s’occupaient de la formation, Dr Dalton et Dr Francis. Nous étions un petit groupe et le premier mois, on était en formation au Royal presque tous les jours, et ensuite huit heures par semaine pendant huit mois, en plus de trois heures de consultations cliniques additionnelles où l’on a approfondi nos connaissances en révisant nos dossiers avec l’une des psychologues. Ça me fait ressentir comme si j’étais de retour sur les bancs de l’école, mais avec une relation de style plus « accompagnateur/camarade » avec les psychologues qui nous forment…

J’ai toujours aimé apprendre et consulter entre collègues alors j’étais comblée!

De plus, nos sessions de consultations continuent pendant toute la durée du programme!

C’est le soutien théorique et clinique pour leur permettre de mieux intégrer et utiliser la matière au bénéfice des personnes du Programme de santé mentale que Jocelyne a particulièrement apprécié de la formation.

« Il est rare d’avoir l’occasion d’obtenir de la supervision pour une approche que l’on apprend en dehors des bancs d’école », souligne-t-elle. 

Le projet étant à ses phases préliminaires, il se concentre actuellement sur le traitement de la dépression majeure, le trouble de stress post-traumatique, le trouble obsessionnel-compulsif, le trouble somatoforme et quatre troubles d’anxiété.

La formation m’a appris toutes les petites subtilités qu’il y a entre les troubles anxieux. Le sujet de l’anxiété m’a toujours passionné, mais il peut être difficile parfois de différencier entre les différentes nuances (phobies, sociale, panique, somatoforme, généralisée) puisqu’elles se ressemblent toutes jusqu’à un certain degré – les symptômes physiologiques ont tendance à être les mêmes (serrement au niveau de la poitrine, difficulté à respirer, tension des muscles, tachycardie) et les pensées se ressemblent beaucoup dans le sens que la personne va avoir tendance à « catastrophiser » les situations auxquelles elle fait face. C’est vraiment important de creuser profondément afin de bien identifier la racine de l’anxiété et d’offrir un traitement qui va miser sur la spécificité. 

Le programme consiste de 12 semaines comportant des sessions de thérapie individuelle hebdomadaires pour les gens âgés de plus de 18 ans.

L’implantation va certainement aider les patients de Montfort – en fait, on voit déjà une différence. Beaucoup de nos référés sont pour le traitement de troubles anxieux ou de dépression, ce qui fait que les listes d’attente pour nos groupes d’anxiété et pour l’hôpital de jour augmentent.

Avec ce projet, on peut aller chercher les patients qui vont répondre aux critères et offrir un service plus tôt que si la personne avait à attendre et on réussit à diminuer les listes d’attente, surtout pour nos sites satellites.

De plus, ce n’est pas tous les patients qui ont un intérêt envers la thérapie de groupe, alors on arrive à aller chercher ces patients qui préfèrent une approche individuelle. Ceci va aussi venir toucher les gens qui ne reçoivent pas de couverture d’assurance, puisque ce type de service est habituellement seulement offert en pratique privée, ce qui peut le rendre difficile d’accès à cause des frais associés.

Le programme est offert au PSM externe ainsi qu’à nos sites satellites. Pour être considérée, une personne doit obtenir un référence de la part d’un médecin, qui peut accéder au formulaire en ligne. Les critères d’inclusion et d’exclusion y sont alors listés.

Nos partenaires, comme les équipes de santé familiale et les médecins de famille, ainsi que les clients se plaignent souvent des listes d’attente ou du manque de ressources.

« c’est donc intéressant que l’approche soit structurée et très efficace à court terme. »

Jocelyne Albert

« Ceci nous permet de voir des résultats positifs sur un court laps de temps. Il est plus facile pour certains clients de pouvoir consulter sans manquer plusieurs journées de travail, et d’avoir la possibilité de régler leurs problèmes ayant un impact dans leur vie professionnelle ou personnelle. »

Jusqu’à maintenant, les données du projet pilote sont positives et le gouvernement vient tout juste d’annoncer qu’il prévoit former 2 000 thérapeutes additionnels pour le projet OSP dans la prochaine année.

Quant à Jocelyne et moi, nous nous occupons de peaufiner les détails du projet et planifions de mettre en place des groupes de thérapie dans l’année qui suit.

Pascale Bernier
Pascale est travailleuse sociale à Montfort depuis près de 2 ans. Elle a travaillée en médecine aux unités 3C et 4C et elle est maintenant au PSM depuis 1 an. Elle a aussi complété l'un de ses stages de maîtrise à Montfort en 2015. Quand elle n'est pas au travail, on peut retrouver Pascale sur la glace à pratiquer du patin artistique (sport qu'elle pratique depuis plus de 24 ans!), sur les pistes à faire du ski, ou au chalet à se promener en bateau.