Retour aux sources pour Dr Loemba

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En février 2019, Dr Hugues Loemba est retourné dans son pays natal, la République du Congo, à titre d’expert-consultant international invité par l’Organisation mondiale de la santé. Il nous raconte son histoire et sa passion pour la virologie.

Dr Loemba devant les bureaux du ministère de la Santé à Pointe-Noire, sa ville natale.

Je suis né et j’ai fait mes études primaires au Congo. Quand j’ai eu 12 ans, mes parents m’ont envoyé au séminaire : ils voulaient que je devienne prêtre. C’est vrai que quand je pensais à mon avenir, je m’imaginais toujours habillé en blanc – mais est-ce que je portais la soutane blanche d’un prêtre ou la blouse blanche du médecin?

Au séminaire, c’est devenu clair que je voulais devenir médecin!

J’ai quitté le séminaire pour aller au lycée, et j’ai ensuite obtenu une bourse pour aller étudier la médecine en Ukraine. La première année j’ai appris le russe. Je suis passé d’un milieu scolaire religieux à un milieu complètement athée et communiste!

J’ai fait mes études universitaires dans trois langues différentes : ma médecine en russe, ma maîtrise à l’Institut Armand-Frappier de Montréal en français et ensuite mon doctorat en anglais à McGill, en virologie adaptée sur le VIH.

À l’école de médecine, deux ou trois fois par semaine après les cours, je restais au laboratoire de microbiologie comme stagiaire volontaire pour apprendre les techniques de travail avec les virus. Je me souviens avoir travaillé sur certains  virus, et j’étais en particulier intéressé par le suivi en laboratoire de la souche virale  du vaccin oral (ou vaccin Sabin) contre la polio.

À la fin de mes études, âgé de 26 ans, je suis rentré au Congo. Les premiers cas de sida venaient d’être identifiés. Tout de suite, j’ai embarqué dans le comité de lutte nationale contre le sida et la tuberculose.

J’ai travaillé au Congo pendant 8 ans et en 1993, j’ai obtenu une bourse de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) pour venir à l’Institut Armand-Frappier à Laval et y faire ma maîtrise en virologie et immunologie. Ensuite j’ai été choisi pour aller faire mon PhD en médecine expérimentale appliquée sur le virus du VIH. J’ai été chanceux, je me suis retrouvé dans un laboratoire très performant au niveau national et mondial, le centre sida de l’université McGill, à l’Hôpital général juif de Montréal.

Après mon doctorat, il y avait des troubles politiques au Congo et ma famille m’a dit de ne pas retourner. J’ai repassé mes examens de médecine et j’ai été faire mon stage et travailler à Moncton, mais je voulais continuer à travailler sur le VIH; et c’est en venant faire du locum (remplacement) comme hospitaliste à Montfort que j’ai découvert qu’il y avait une clinique spécialisée en médecine du VIH-SIDA à l’Université d’Ottawa qui était à la recherche d’un médecin formé dans ce domaine.

Aujourd’hui, je suis consultant en santé et sécurité au travail à Montfort, président du comité de prévention des infections à Montfort et membre du comité d’éthique de la recherche à l’Institut du Savoir Montfort. Je travaille en médecine générale et spécialisé sur le VIH à l’Université d’Ottawa; je travaille aussi à temps partiel à Santé Canada pour faire la revue clinique et l’expertise des soumissions thérapeutiques afin d’approuver de nouveaux médicaments. Je fais partie des chercheurs investigateurs cliniques affiliés au Réseau canadien des essais cliniques sur le VIH-SIDA. Je fais de l’enseignement, je suis professeur agrégé à l’Université d’Ottawa en virologie médicale, je fais de la recherche…

Deux maladies jumelles, une combinaison mortelle

Au milieu des années 1980, avec la montée du sida, on a noté une recrudescence de la tuberculose. Aujourd’hui en Afrique, de 34 à 40 pour cent des patients atteints du VIH ont aussi développé la tuberculose. Le VIH et la tuberculose sont des maladies jumelles qui forment une combinaison mortelle, chacune accélérant les progrès de l’autre : les personnes vivant avec le VIH sont 20 à 30 fois plus susceptibles de développer une tuberculose active que les personnes non séropositives.  

Dr Loemba était au bureau régional de l’OMS à Congo-Brazzaville lors des célébrations entourant le 8 mars, journée internationale des femmes.

L’OMS s’est fixé comme mandat de mieux contrôler le VIH, la tuberculose et l’hépatite B et C. Comme le bureau régional de l’OMS pour l’Afrique est situé à Congo-Brazzaville, et que le Congo figure parmi les 30 pays les plus affectés par la tuberculose au monde, les dirigeants ont décidé de commencer leurs démarches sur place.

L’OMS a appris que j’ai aidé une fondation à monter un laboratoire dédié aux maladies infectieuses au Congo-Brazzaville, puisque ce projet a été sélectionné et exposé par le Canada à la conférence internationale sur le sida, à Amsterdam en juillet dernier.

C’est arrivé aux oreilles de l’OMS, qui m’a approché. On m’a demandé si je pouvais appuyer l’OMS en tant qu’expert canadien sur le VIH, la tuberculose et l’hépatite… au Congo, mon pays natal.

C’est arrivé comme ça! C’est le premier pays que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) m’a assigné, et c’est mon pays d’origine…

Je suis parti vers le Congo pour deux semaines, à la fin février, afin d’évaluer le Programme national de lutte contre la tuberculose.

Selon les estimations actuelles, il y aurait plus de 20 000 cas de tuberculose au Congo par année, mais seulement 10 000 cas sont diagnostiqués et ces chiffres pourraient être largement sous-estimés. 

Une des choses que l’on a remarqué lors de cette visite, c’est que les gens qui travaillent sur la tuberculose ne dépistent pas automatiquement le VIH, ni vice-versa. Les deux programmes sont isolés. Il y a beaucoup de travail à faire pour une meilleure intégration entre les deux. La tuberculose est une maladie qui peut se guérir, contrairement au VIH.

Il y a aussi un manque de tests pour détecter les  souches résistantes aux anti-tuberculeux de première et deuxième lignes; les suivis des cas de tuberculose suspectée de résistance sont inadéquats, et quand on trouve la souche il n’y a pas de médicaments pour tous les cas détectés. Il y aussi régulièrement des ruptures de stocks des antirétroviraux.

Le Congo est arrivé à un point où on craint qu’il y ait beaucoup de nouvelles souches de tuberculose résistante qui se développent. Les gens voyagent et la tuberculose, ça se propage. Ça devient un cas de santé publique mondiale.

Nos recommandations pourraient découler en un projet pilote en vue d’améliorer les services pour gérer la tuberculose et le VIH et voir si ça fonctionne bien. Des gens de l’ambassade du Canada en République démocratique du Congo me disent qu’ils sont prêts à appuyer le projet, puisque le Canada contribue à un fonds mondial pour la lutte contre la tuberculose, le VIH et la malaria. Nous avons déjà identifié des centres au Congo qui veulent collaborer, et il y aura une possibilité de collaboration accrue via Santé Mondiale Montfort et des organismes locaux.

 C’est une très belle expérience de revenir dans mon pays natal avec mon expertise, mais c’est aussi une belle expérience en tant que Canadien!

Je suis fier de l’appui que j’ai eu au Canada, de l’ACDI qui a financé mes études supérieures, et maintenant l’ambassade qui m’appuie dans mon travail…

Et je fête mes 60 ans le 1er avril – ce n’est pas un poisson d’avril. Comme on dit, « j’ai du millage » !

Bonne fête Dr Loemba!

Propos recueillis par Geneviève Picard


Vous avez aimé cet article? Lisez l’article Dr Hugues Loemba en Afrique, paru dans le Journal Montfort en avril 2018.