Courrier du cœur : Lyne Lamoureux, accoucheuse-dépanneuse

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Femme en train d'écrire dans un cahier, en étant assise devant un écran d'ordinateur.

Quelle chance nous avons de côtoyer des collègues comme Lyne Lamoureux, employée de l’entretien ménager en poste à Montfort depuis près de 10 ans. Les propos de son entourage peignent à l’unisson un portrait de sollicitude et d’entraide inspirant. En résumé, elle aime s’assurer que tout le monde va bien et que tout est correct. Ça dit tout!

Sa superviseure Céline Lavoie, coordonnatrice du Service d’entretien ménager, qui elle aussi suscite l’admiration de ses collaborateurs pour son engagement et son sens de l’esprit de d’équipe, soulignait que Lyne dit souvent :

« Si ça rend le monde heureux, ça fait ma journée. »

Lyne Lamoureux

Lyne brille ainsi et est reconnue pour l’assistance constante qu’elle apporte aux gens, mais surtout pour sa tendance à être au bon moment et au bon endroit. Peu importe la situation, on peut compter sur elle.

C’est exactement ce qui est arrivé un matin en mars. Alors que Lyne commençait sa pause à l’extérieur de l’entrée principale en compagnie de sa cousine, un camion est soudainement arrivé. Le conducteur a ouvert sa porte qu’il laissa battante, s’élançant à l’intérieur de l’hôpital en criant « À l’aide, ma femme va accoucher! »

Lyne, un peu surprise, entendit d’autres cris et découvrit une passagère restée dans le véhicule. En ouvrant la portière du côté passager et elle se demandait déjà comment aider, mais il n’y avait déjà plus de temps pour un faire un A.I.D.E.T., ni même pour des formalités. La tête du bébé paraissait déjà.

Lyne a expliqué à la dame : « Il n’y a rien d’autre que je peux faire que de donner naissance à votre bébé ici. Poussez ! »

Quelques secondes plus tard, Lyne avait entre ses mains le nouveau-né… qui ne respirait pas.

Elle a d’abord pris soin d’enlever le cordon d’autour du petit cou. Autant vous dire, si les premières secondes de sa rencontre avec la mère ont passées trop vite, celles de sa rencontre avec l’enfant étaient interminables.

Lyne a ensuite redressé le corps inerte pour lui prodiguer doucement quelques tapes dans le dos.

Encore une seconde de trop, puis Lyne reprend son souffle; des petits cris viennent ravir la mère et sa sage-femme de fortune qui pu enfin s’exclamer : « C’est un garçon! »

Lyne demanda à sa cousine de trouver de quoi couvrir le poupon et celle-ci s’exécuta sur le champ. Quelques instants plus tard, après avoir trouvé de l’assistance à l’intérieur de l’hôpital, le nouveau papa revint au camion avec le personnel de Montfort, qui s’afféra tout de suite à prendre soin de la famille sous le choc.

Tout est bien qui finit bien. Lyne est ensuite retournée à ses occupations après avoir, bien entendu, suivi le protocole d’hygiène des mains applicable pour tout déversement spontané de nouveau-né. Dans un tel cas, bonne chance pour trouver la fiche signalétique ou le symbole SIMDUT. Hihihi!

Mais l’histoire ne s’arrête pas là… Plus tard dans la journée, Lyne est allée visiter des membres de sa propre famille au CFN (pour des raisons évidentes).

C’est là que le père du poupon du matin qui sortait d’une salle l’a immédiatement reconnue en s’écriant plein d’émotions : « C’est vous! C’est vous qui avez sauvé ma femme et mon fils ce matin !!! » et Lyne lui a répondu : « C’est vous! C’est vous! »

Après avoir offert à Lyne une pluie de remerciements et d’éloges, le père tenait à ce qu’elle rencontre (à nouveau) l’enfant et la mère. Ils se sont tous serrés très fort dans leurs bras. Lyne a dit : « je n’aurais jamais cru mettre au monde un aussi beau bébé ». L’heureux papa a raconté qu’il avait même été en mesure de couper le cordon, à sa grande joie. Pour cette famille francophone installée ici, mais dont les racines viennent d’ailleurs, Montfort était définitivement leur meilleure option ce jour-là.

Cette histoire m’a rappelé pourquoi nous sommes ici.

Poser le bon tel geste implique en premier lieu de porter attention, avoir du courage et être capable de réagir vite, comme Lyne l’a si bien démontré. Cette histoire m’a aussi fait réaliser qu’on ne sait jamais par quoi un ou une collègue peut être passé dans sa journée.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là… Est-ce un poisson d’avril ? Non. C’était la deuxième fois que Lyne fait un accouchement de dépannage!

Merci à Lyne pour ses efforts au quotidien, mais aussi à la personne qui a rendu possible cet article, Lucie Guay, employée du Service de transport des patients.

Lucie Guay

J’ai appris que Lucie a aussi su faire toute la différence, en répondant la première à un code bleu pour sauver la vie d’une dame de 54 ans. Le médecin qui est arrivé le suivant au chevet de la patiente étendue sur le plancher de l’entrée des soins intensifs a demandé à Lucie de continuer le massage cardiaque qu’elle avait débuté en lui disant : « Il ne faut pas lâcher là! ». Quelques dizaines de secondes plus tard, le médecin lui dit d’arrêter : « C’est beau, je sens qu’on a un pouls maintenant ».

Au delà des soins de qualité, il y a la langue dans laquelle les patients se sentent le plus en sécurité pour communiquer. J’y pensais justement le matin du 22 mars dernier, pendant la « Criée » du manifeste franco-ontarien au monument de la francophonie, qui donne si fière allure à la façade de notre établissement. Quelques minutes après, j’ai croisé Lucie Guay, qui avait une histoire à me raconter, celle de son amie et collègue, Lyne Lamoureux… Il était une fois la naissance d’un petit Ottavien sur le perron de Montfort, en français, par au beau matin du 13 mars…

MJO

Marie-Josée Ouellette
MJO est à Montfort ce que le barde dans Astérix est pour son village de Gaulois, et fière de l’être. Ça prend des gens qui réalisent des exploits, et d’autres pour les raconter. Elle pense qu’il y a beaucoup de mérite à tricoter des bas de laine, c’est utile. Par contre, elle préfère réchauffer des cœurs que des pieds, donc comme passe-temps, elle nous écrit.