À l’ECTI, l’activité physique change des vies… c’est prouvé!

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Jean-Pierre Dupuis et Eva Guerin

Un projet-pilote financé par l’ISM démontre que la vie des personnes atteintes de troubles mentaux sévères change pour le mieux quand ils intègrent des activités physiques « sur mesure » dans leur quotidien.

Jean-Pierre Dupuis est devenu infirmier au programme de santé mentale interne de Montfort en 2001; en plus d’avoir étudié en sciences infirmières, il avait également un bac en activité physique. « Toute ma vie, j’ai fait la promotion et la prévention des maladies par une bonne hygiène de vie », rappelle-t-il.  Puis en 2005, Jean-Pierre s’est joint à l’Équipe communautaire de traitement intensif (ECTI).

L’ECTI compte une douzaine de spécialistes de la santé mentale, qui travaillent pour Montfort tout en étant basés sur la rue Dupuis dans le secteur Vanier. Ils offrent du soutien et de l’accompagnement dans le milieu de vie de leurs patients.

 

Les patients de l’ECTI sont des adultes francophones présentant des troubles de santé mentale sévères et persistants, tels que schizophrénie, troubles bipolaires graves, psychoses, etc. Ce sont des gens qui ont passé beaucoup de temps à l’hôpital (50 jours dans la dernière année, ou 150 jours dans les derniers trois ans).

 

Jean-Pierre a immédiatement intégré diverses activités physiques dans ses interactions. « J’ai commencé avec un patient, deux patients… j’allais par essai-erreur. On avait du succès, des beaux résultats, et je me suis dit qu’on ne pouvait pas laisser ça sous silence, il fallait trouver un moyen de reconnaitre l’utilisation de l’activité physique comme une intervention efficace pour cette clientèle. »

C’est en 2015 que Jean-Pierre entre en contact avec Eva Guérin, coordonnatrice de recherche pour l’ISM (et maintenant biostatisticienne pour l’Hôpital Montfort). « Un de nos rôles était d’appuyer les chercheurs et les cliniciens qui soumettent des demandes », rappelle Eva.  « Quand j’ai décidé de faire une recherche post-doctorale, j’ai demandé si je pouvais prendre le projet de Jean-Pierre puisque j’avais un intérêt dans le sujet. »

Eva, en tant que co-chercheur principal du projet, a donc étudié l’impact de l’activité physique sur 14 participants de l’ÉCTI, hommes et femmes, pendant neuf mois. Les activités physiques étaient variées, offertes soit sur une base individuelle à la résidence de l’individu ou en groupe pour les participants qui se sentent à l’aise de le faire.

« Si je vais chez un client », explique Jean-Pierre, « je peux apporter un élastique pour faire des étirements, on va utiliser une chaise pour des exercices, je vais l’inviter à marcher autour du bloc, puis tenter un deuxième tour… Pour les autres qui sont plus à l’aise en groupe, nous pouvons aller au gym, aller jouer aux quilles… »

Selon Jean-Pierre, « la clé du succès, c’est vraiment de s’adapter aux besoins de chacun! »

Dans le cadre de la recherche, Eva a parlé aux 14 participants ainsi qu’à plusieurs intervenants de l’ECTI.

« Il y a des gens pour qui [le programme] a comme changé leur vie, de passer d’être couché à longueur de journée puis de juste commencer à s’activer… Ils ont perdu du poids, ils peuvent gérer leur diabète, et au niveau social et de la santé mentale, ils sont maintenant capables d’aller faire des activités normalisantes dans la communauté, puis de transposer ça dans d’autres choses. Comme si « je suis capable d’aller au gym, bien je suis peut-être capable d’aller à l’épicerie, d’être dans un groupe, de suivre un horaire”. »

Après neuf mois, Eva a noté de nombreux bienfaits chez les participants. « Un client a perdu près de 50 livres, et une cliente une trentaine de livres; en moyenne, ils ont perdu 13 livres et 7 cm de tour de table en neuf mois. Surtout, aucun n’a pris de poids, même si c’est une clientèle habituellement très sédentaire. » En effet, les personnes atteintes de troubles de santé mentale développent souvent des problèmes physiques, tel que le diabète ou l’obésité.

Les participants ont aussi noté une amélioration de leur endurance, ils ont augmenté leur socialisation, leurs symptômes de toxicomanie se sont allégés, ils sont capables d’intégrer l’activité physique dans leur routine quotidienne. L’un d’entre eux a diminué sa consommation de cigarette, d’autres ont commencé à prendre l’autobus seul, ce qui a grandement augmenté leur niveau d’autonomie.  Certains, atteints de schizophrénie, ont noté que les « voix » les dérangeaient moins pendant qu’ils étaient actifs.

Jean-Pierre n’est pas surpris des résultats, puisqu’il a déjà observé de tels changements par le passé. « J’ai un client, membre de l’ECTI depuis des années. À l’époque, il était complètement sédentaire, et aujourd’hui il se déplace à 100% seul, il participe à des activités dans d’autres organismes et il est en recherche active pour un emploi. On n’aurait jamais pensé que cette personne pouvait retourner sur le marché du travail. Ce changement, ce n’est pas seulement le bienfait du programme d’activité physique, mais c’est peut-être un catalyseur pour les autres services. »

Quelles sont les prochaines étapes? Eva prévoit rédiger des articles scientifiques et elle aimerait que le projet-pilote débouche éventuellement sur une formation, un guide d’intervention ou d’accompagnement pour pouvoir sensibiliser et implanter l’approche au sein d’autres organisations. Jean-Pierre espère obtenir plus de financement pour continuer d’approfondir la recherche sur le sujet.

Soulignons que cette initiative est enlignée avec l’un des objectifs de la Stratégie 2021 de Montfort, puisqu’on y offre « un milieu thérapeutique francophone et des services axés sur le rétablissement à la personne aux prises avec une maladie mentale ou une toxicomanie ». Bravo à l’équipe de l’ECTI!

Geneviève Picard

Geneviève est directrice de l’équipe des communications à Montfort depuis 2014. Quand elle n’est pas en train d’écrire pour le Journal Montfort, elle est maniaque de lecture, adore le yoga, vient travailler en vélo mais seulement quand il fait beau, et ne fait jamais, jamais la cuisine.